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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 19:29

 

Je viens de terminer un autre livre de Claude Duneton au titre improbable : Je suis comme une truie qui doute. Je ne vous expliquerai pas ici le titre, mais sachez seulement que dans cet ouvrage l'auteur fait une analyse, fine et drôle, de ce qui l'a poussé à quitter l'enseignement. Les raisons y sont multiples et bien que le texte date de 1976 on retrouve des réflexions parfaitement applicables à la situation actuelle de l'E.N, preuve s'il en était besoin que cette institution est bien sclérosée et immuable dans ses travers. Passons.

Cependant Duneton ratisse large et fait des digressions avec toujours en point de mire cette obsession de la pensée formatée. Ainsi cet extrait sur la pollution, le nucléaire et les spécialistes qui sont là pour nous rassurer et surtout nous éviter de penser par nous-mêmes. Les derniers événements au Japon ont jeté un éclairage nouveau sur ce passage que j'ai malheureusement trouvé toujours d'actualité.

 

« Oh c'est dangereux ça ! Laisser la réflexion à des spécialistes. Et si ceux qui réfléchissaient pour nous, des fois, étaient complètement tarés ? Hein ?... Ça peut arriver ! Ça c'est déjà vu. Souvent. Tenez, prenez la pollution. Un monsieur, à la télévision, fort pertinent je trouve, disait à peu près ceci — c'était à propos des boues rouges en Méditerranée — : « On a du mal à comprendre que des gens aussi savants, aussi capables, tous ces chercheurs qui savent tout sur les acides, sur les dangers, qui ont fait tant d'études et peuvent inventer tant de belles choses plastiques, n'aient pas été capables de se rendre compte que de jeter leurs déchets dans la mer ça allait faire sale. Enfin ! Ce que le premier couillon venu aurait pu prédire, ces techniciens superbement intelligents et tout, et au courant des choses de la chimie, n'ont pas été foutus d'en avoir le moindre pressentiment ?... Faut pas pousser, disait trivialement le monsieur, de qui se moque-t-on ?... »

— Eh bien de nous, pardi ! On nous dit : vous faites pas de bile ! Les boues ? Les coffres radioactifs en béton qui craqueront sûrement d'un jour à l'autre ?... Turlutaines ! Les techniciens sont là, les savants sont là, on pense pour vous !

— Tiens, vraiment ?

— Oui, oui ! Aucune crainte ! Travaillez, prenez de la peine, l'action, l'action ! La réflexion ? Nous avons tous les spécialistes.

— Et si les spécialistes sont cons ?

— Comment osez-vous ? … Allons, des gens aussi capables !... »

 

C'était en 1976, et pourtant...

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Commis par La Ségaline - dans Cabinet de lecture
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commentaires

Flower 02/11/2014 22:29


 j'arrive ici avec un peu de retard, mais qu'importe ... j'étais en train de citer ce titre, sans me souvenir
que c'était un titre ... j'ai eu envie de savoir d'où me venait cette phrase, qui m'a suivie durant des dizaines d'années, et je suis tombée sur ton article ... excellent, ça me donne très envie
de lire le bouquin !!! à Sirius: moi aussi j'étais à Tours, au printemps 76 (lycée Descartes) ... Il se trouve que j'ai été instite, en lutte souvent avec le système, - décidément j'aimerais bien
le lire, ce bouquin- et je viens de prendre ma retraite (de bonne heure) pour vivre autrement (je deviens nomade) ... j'applaudis cet extrait sur les "spécialistes" ... et je vais explorer
ton/tes blogs ...

Tony 09/02/2013 17:26


Je  crois que  c'est un livre majeur sur l'enseignement


Duneton, trop modeste, aurait pu le titrer "enseignement et société"


Tout est dit sans concessions .


A lire absolument ...

Pamphile 09/04/2011 17:18



Ah, Duneton ! Il faudrait élever une statue à son "Anti-manuel de Français" !


(@ Axel 21 : Le problème avec le nucléaire, c'est qu'il est impossible honnêtement de faire le compte des victimes : des radionucléides qui durent 28 000 ans...)



Axel21 07/04/2011 18:34



Je suis partagé. L'homme a toujours eu peur du progrès et de la technique. Il a eu peur de la vitesse, du train, de la bagnole, des vaccins, la liste est longue. Le nucléaire a tué mille fois
moins que le charbon. Ceux qui gueulent protesteraient, si, en appuyant sur un interupteur, la lumière ne s'allumait pas, ou pire, leur ordi. Le téléphone portable est-il cancérigène? La bouffe
des supermarchés est-elle pourrie? Doit-on retourner au bourricot et à la lampe à huile? Je suis de ceux qui pensent que le seul véritable problème, c'est le non contrôle de la démographie !



Agatheb2k 07/04/2011 14:06



Nos pontifes divers et (a)variés, qui pensent pour nous, officiellement, ne pensent, en pratique, qu'à remplir leurs
poches... mais ce que nous ne savons pas, c'est que si nous bazardions nos téléviseurs, nos ordinateurs, les tournois de football, ceux de tennis et autres sornettes dont on nous gratifie si
généreseusement pour nous tenir sous contrôle... nous pourrions peut-être essayer de penser par nous-mêmes, et là, les grands de ce monde auraient peur pour leurs privilèges mais nous sommes tellement anesthésiés par notre petit confort



sirius 07/04/2011 08:07



En 1976, j'étais étudiant à Tours et on manifestait contre le nucléaire. Sans vraiment savoir ce que c'était, et surtout pour prendre l'air en cette année de printemps caniculaire. Heureusement
que les savants nous ont depuis convaincus que cette énergie était sans danger...



Le Mousquetaire des Mots 06/04/2011 23:06



Tout à fait d'actualité effectivement. Les choses semblent évoluer bien lentement puisque trente années plus tard, les réflexions sont toujours les mêmes et
fort pertinentes. Les spécialistes ? ils sont là pour éviter que la panique ne s'empare de la population. Sans doute ont-ils vendu leur âme au diable (à moins que la question de l'âme ne soit pas
dans lle répertoire de leurs spécialités)



rejane 06/04/2011 22:43



hé bien là!!! tu me scotches!!! comment yen na ki pense? parmis ces gens....


excellent! j'ai envie de lire ce livre, merci et bisous à toi, continu de nous régaler...


à bientôt



Jean-François Vionnet 06/04/2011 21:46



Et bien mézigue, avec mes études d'ingénieur et de gestion pour devenir PDG, tout ça et plus si affinités, j'ai beaucoup étudié, beaucoup appris, et peu me reste, quand on est con jeune, ça
marque. L'enseignement je n'ai jamais voulu y entrer, suite aux ascendants familiaux, mais je pense que j'en serais sorti, en 1970 ou en 1980, comme plein d'autres déçus. Et puis, je ne peux
m'empêcher de penser aux braves instituteurs, et aux excellents profs que j'ai eu la chance de côtoyer quelques temps, et qui m'ont appris le savoir-faire faire, c'est déjà pas si mal.


Amitiés du Vivarais.



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