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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 13:08

  

Je viens de lire un article édifiant sur l’abandon programmé dans les écoles américaines de l’écriture cursive, « en attaché » si vous préférez. Et alors me direz-vous, on se fiche un peu de savoir comment les petits Américains peuvent bien écrire leur rédactions ou comment leurs parents notent une liste de courses. Oui sauf que évidemment grâce ou plutôt à cause de cette p... de mondialisation qui fourre son nez partout, on voit déjà se dessiner une tendance identique en Europe et en France où cette écriture cursive commence à être remise en question par les têtes pensantes (enfin si peu) de l’Éducation Nationale (cf article ICI).

Pour en revenir aux Américains il faut dire que l’enseignement de l’écriture cursive de débute que tard dans leur scolarité, au stade équivalent de notre CE2, alors que l’écriture est déjà normalement acquise, or cet apprentissage se fait en script. Imaginez des enfants qui ont appris à écrire en lettres d’imprimerie et qui du jour au lendemain doivent se conformer à une autre écriture qui est donc loin de leur être naturelle, il y a effectivement de quoi être déstabilisé. D’ailleurs, parvenus à un niveau supérieur d’études, les élèves se remettent rapidement au script qui est jugé plus rapide et plus lisible. Alors me direz-vous pourquoi ce passage obligé mais finalement provisoire par la cursive pour les petits Américains ? Je vous laisse approfondir la question car là n’est pas mon propos aujourd’hui.

En effet cet article m’a renvoyé à mon rapport personnel à l’écriture et m’a donné une furieuse envie de reprendre mon stylo pour aller noircir quelques pages de mon journal que j’ai délaissé depuis bien trop longtemps.

Et pour en revenir à cet article, au-delà du problème américano-américain, il permet de s’interroger sur les particularités de cette écriture et sur sa raison d’être. Pourquoi en France par exemple est-on si attaché à l’apprentissage de cette écriture ? Pourquoi insister durant les premières années sur le tracé si délicat de ces arrondis, de ces lettres bien calibrées sur la page, ni trop hautes ni trop écrasées, ces courbes et ces déliés si bien normalisés qui au final deviennent si particuliers à chaque élève, à chaque « écrivant » ? Une des réponses est que cet apprentissage est tout simplement une des premières occasions pour l’enfant de se frotter à la création artistique. Ce n’est pas pour rien que dans les cahiers de maternelle des enfants l’écriture fait partie de la rubrique « graphisme ». Une belle écriture c’est déjà sensibiliser les enfants à une certaine esthétique, et pour cela cet apprentissage ne peut être qu’utile voire indispensable. Malheureusement il est à craindre que le souci permanent (et bien souvent contre-productif) de copier aveuglément les Américains ne finisse par mettre à mal cette particularité de notre enseignement. Ah comme le monde sera parfait lorsque nous écrirons tous de la même façon : lisible, efficace, rapide... et sans aucune personnalité.

Au- delà de cette réflexion, l’article m’a permis aussi de m’interroger sur mon rapport à l’écriture manuscrite et à son pendant moderne : la frappe au clavier. Au fur et à mesure des lectures de commentaires déposés sur différents articles en lien avec le sujet (dont celui-ci ) on s’aperçoit qu’il y a d’un côté les partisans du clavier et ceux de l’écriture manuscrite. Je ne crois pas qu’il faille avoir une vision si manichéenne des choses. Pour les adeptes du clavier, cette pratique leur a souvent permis de pallier une écriture illisible, ou trop lente, ils sont généralement férus de nouvelles technologies et des nouveaux modes de communications, mais leur pratique constante du clavier ne les oblige pas pour autant à rédiger en SMS : ce n’est pas parce qu’on écrit de façon « moderne » que l’on en abandonne toute qualité littéraire, heureusement. Au nombre des grands avantages du traitement de texte il faut bien reconnaître le côté pratique qui permet de déplacer un paragraphe, de nettoyer un texte de toutes les scories physiques (outre les fautes d’orthographe, de syntaxe ou de grammaire qui sont un autre sujet) que sont des ratures ou des surcharges. Eh oui il faut bien avouer qu’un tapuscrit a quelque chose de plus élégant et lisible qu’un texte écrit à la main, voilà pourquoi selon moi le clavier est parfait pour tous les écrits professionnels ou administratifs. Les partisans de la plume ou du stylo quant à eux arguent que l’écriture manuscrite justement du fait de cette contrainte, éviter au maximum les ratures et les erreurs, oblige la pensée à anticiper, à mieux réfléchir avant de coucher ses mots sur le papier, sous peine de devoir tout recommencer : là où il suffit de presser une touche du clavier pour effacer un mot ou un paragraphe, il faut soit effacer, soit raturer ou pire étaler une affreuse couche de « blanco » pour se corriger. Écrire à la main oblige à la réflexion et par là même induit une certaine lenteur de la pensée, un travail plus approfondi du cerveau pour aboutir exactement à ce qui sera écrit sans devoir être corrigé. Or la lenteur, la réflexion approfondie, je ne crois pas que ce soit des atouts dans un monde qui ne souhaite qu’aller toujours plus vite. Voilà sans doute pourquoi les partisans de l’écriture manuscrites se qualifient eux-mêmes de « vieux cons ».

 

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de trancher. Personnellement je me partage entre les deux pratiques sans difficultés. Mon travail d’écrivain public et de rédactrice m’oblige à travailler sur traitement de texte, c’est un fait, mais il m’arrive également d’utiliser l’ordinateur à des fins personnelles pour communiquer par mail avec des proches et bien entendu pour rédiger ce blog. Mais il ne me viendrait jamais à l’esprit d’écrire une lettre à un ami avec mon clavier. Et alors les ratures, les pâtés me direz-vous ? Eh bien j’ai trouvé la parade : je fais un brouillon au clavier sur lequel je peux tout à loisir effacer, déplacer, compléter avant de recopier ce que j’ai créé à l’écran sur un joli papier de ma plus belle écriture « à l’ancienne ». J’ai toujours préféré les compromis à l’exclusion.

 

 

À lire sur Rue 89

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Commis par La Ségaline
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commentaires

Le Mousquetaire des Mots 27/10/2013 08:49


Bonjour Ségaline,


J'avais lu cet article mais en panne de PC, je ne pouvais pas répondre (de mon boulot, ça ne se fait pas). Je viens de le relire. J'en ai goûté chaque
mot. Et suis de ton avis. J'apprécie le clavier car il permet une certaine vitesse (je dirai même que la pensée qui se déroule au clavier est plus prompte à se concrétiser), mais j'écris
également beaucoup à la main. Je ne pars jamais sans crayon et papier, ces deux outils "primitifs" indispensables si l'on souhaite coucher sa pensée dans la durée. J'ai essayé d'imaginer un monde
sans énergie qui obligerait à revenir aux élémentaires. La mort de mon précédent PC m'a montré que l'amputation avait des répercussions sur mon quotidien puisque je ne pouvais plus ni pondre
d'article, ni répondre aux lectures des blogs. J'ai un nouvel outil, très fonctionnel, à ma disposition quand je le veux, l'esclave parfait qui ne réclame jamais rien, ne perçoit aucun salaire et
s'alimente tout seul en énergie pour peu que je me connecte. J'essaie de récupérer le retard (trois mois sans accès quotidien), et comme j'ai adopté la nouvelle version d'OB, j'ai du pain sur la
planche plus qu'il n'en faut. Je n'ai pas encore renoué avec tous les liens établis, bref, une galère dont je me serais bien passé.


Pour en revenir à l'ériture manuscrite, c'est vrai que le handicap est sa lisibilité par les autres. Je n'ai jamais été premier prix d'écriture, ma
graphie est déplorable au point qu'il m'arrive de ne pouvoir me relire aisément. Cela ne m'empêche pas de saisir le crayon et de griffonner ce qui me traverse l'esprit pour ne pas perdre ce
lambeau de pensée dont je ne ferai peut-être rien, mais qui, sur le moment, est important pour moi. Je regrette le temps où échouaient dans ma boîte à lettres des courriers autres que les seules
factures. C'est pourquoi, lorsque je voyage, j'écris au moins des cartes postales. C'est tellement agréable de voir qu'on n'est pas tout à fait oubliés. J'ai reçu récemment un faire-part de
mariage par la poste, alors que le précédent était arrivé par le réseau. Je préfère nettement le plus récent, d'autant qu'il est original en tous points (papier imitation parchemin fermé d'un
sceau à la cire, langage du moyen-âge, graphie à l'ancienne). C'est tellement réussi que cela vaudrait le coup de le mettre en ligne. On a perdu l'habitude de lire (ou d'entendre) "Oyez, oyez
bonnes gens"... En outre, le message prend toute la feuille A4 et le style est humoristique.


Bref, ce n'est surtout pas du style SMS (que je n'ai jamais pratiqué) et c'est tant mieux : il m'est arrivé d'en recevoir et je devais lire à haute voix
pour comprendre le sens de ce qui se disait. Et même à voix haute, je ne parvenais pas toujours à saisir ce qui était écrit (d'ailleurs, s'agit-il vraiment d'écrit ?). De surcroît, ce n'est même
pas de la phonétique.


Notons au passage que dans certaines universités, on pousse (pour dire qu'on n'impose pas) les étudiants à suivre des cours de langue française tant le
niveau a baissé. Il serait peut-être temps en effet de revenir à une langue lisible par tous pour qu'on n'ait pas à traduire systématiquement les copies des élèves. Certes, les langues sont
vivantes parce qu'elles évoluent, mais de là à les massacrer...


Bon dimanche à toi et à ta famille. Amicalement

Sirius 03/10/2013 11:00


En fait, je ne comprends que maintenant (ce décalage est probablement dû aux médiocres capacité de mon cerveau masculin...) ce que tu voulais dire. J'ai en effet remarqué de des gens écrivaient
(à la main) en petites lettres majuscules détachées, un peu comme les polices basiques des traitetements de texte, et ce n'est vraiment pas beau!


A l'inverse, il existe des polices qui imitent l'écriture cursive, et sont d'un assez bel effet.

griounette 30/09/2013 17:27


bien pratique le clavier effectivement....dernièrement, j'ai vu un reportage sur la calligraphie en écriture avec des véritables plumes d'oie....comme je n'ai pas d'oie et qu'une plume en
plastique, ça ne le fait pas....j'ai ressorti mon beau stylo plume....écriture nickel...mais quand j'ai voulu jouer des courbes comme dans le reportage, catastrophe!! et même pas un buvard sous
la main.....évidemment!!

La Ségaline 03/10/2013 08:37



Eh tout fout le camp ma pôv'dame! C'est comme pour tout, l'écriture il faut pratiquer. Et la calligraphie c'est vraiment un art.



Jeanmi 20/09/2013 09:37


En Arabe littéraire, c'est encore plus subtil que ça. Il y a des lettres qui s'attachent et d'autre pas. Leur forme change au début, au milieu ou à la fin d'un mot...

Sirius 20/09/2013 08:25


Voici un bien bel exercice d'objectivité, et tu as tout-à-fait résumé ma situation dans ta phrase ci-dessous:


Pour les adeptes du clavier, cette pratique leur a souvent permis de pallier une écriture illisible, ou trop lente, ils sont
généralement férus de nouvelles technologies et des nouveaux modes de communications, mais leur pratique constante du clavier ne les oblige pas pour autant à rédiger en SMS : ce n’est pas
parce qu’on écrit de façon « moderne » que l’on en abandonne toute qualité littéraire, heureusement.


Si seulement tu savais quel cauchemar représentait pour moi ces séances d'"écriture cursive" (je ne savais pas qu'on disait ainsi...) à l'école, et quelle sensation de libération fut pour moi la
découverte du clavier!


Vous, les femmes, avez un cerveau "multitâches" qui vous permet à la fois de vous concentrer sur la qualité de votre "écriture cursive", et de penser à ce que vous allez aligner à la suite. Nous,
les mecs, sommes plus limités dans nos capacités cérébrales, et perdons le fil de notre pensée si la coucher manuellement sur le papier prend trop de temps.


Mon écriture manuelle a toujours été illisible et lente, même si je ne fais pas de fautes d'orthographe. De plus, en avançant dans les années, et comme beaucou^p de gens, je suis de plus en plus
sujet au dysgraphisme. C'est-à-dire que je commence souvent les mots par la seconde lettre, ou un nombre par le second chiffre. En "cursive, deux solutions: la rature, ou tout recommencer à zéro.


Alors oui, je continue à le clamer haut et fort, le clavier et surtout le traitement de texte, qe j'ai découvert en 1991 à l'âge de 35 ans, a été pour moi l'entrée dans une nouvelle vie! Alors
qu'auparavant, écrire était une punition, c'est maintenant un plaisir et, outre mon propre blog, ma contribution à ceux des autres ou à des forums, je prends plaisir à rédiger divers travaux pour
les autres.


Sans le traitement de texte qui, comme tu le dit avec pertinence, permet de "déplacer les paragraphes et nettoyer le texte de toutes les scories", de refondre les phrases pour éviter les
redondances, et j'en passe, c'est à côté de tout un pan de ma vie actuelle que je serais passé!


Ceci dit, comme j'ai l'esprit ouvert, je comprends que des personnes, comme ma mère (87 ans) et toi, puissent éprouver du plaisir à vous appliquer aux "pleins et déliés"...


 

La Ségaline 03/10/2013 08:48



Si le traitement de texte t'a permis de faire rimer écriture avec plaisir c'est tout ce qui compte! C'est vrai qu'une belle écriture ajoute sans doute un petit supplément d'âme, mais l'essentiel
est de s'exprimer, non?



Marilys 20/09/2013 08:16


J'avoue, malgré mes "origines" littéraires, je pratique le clavier depuis une bonne vingtaine d'années, c'est mon travail, et j'ai aujourd'hui bien du mal à écrire ; et surtout, quand je dois le
faire, ce qui arrive quand même assez souvent, j'écris tellement mal qu'il m'arrive parfois d'avoir du mal à me relire...

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  • Ecrivain public, profondément rurale je revendique mon amour des bonheurs simples ainsi que mon droit à pousser des coups de gueule et des coups de coeur.
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