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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 15:33
La vigne 

Il y a quelques jours en passant près de leur propriété je me suis arrêtée un instant pour saluer mes parents. Du haut de la vigne j'ai pu assister à ce que je redoutais et espérais en même temps: mon père était en train d'arracher sa vigne. Du moins le dernier lopin qui lui en restait.

Autrefois mes grands-parents, comme tous les petits paysans (je ne sais pas pourquoi je précise, car ils étaient en ce temps tous des « petits » paysans) possédaient pas mal de vigne, suffisamment pour leur consommation personnelle et ils arrivaient même à en vendre un peu, leur cru semblait même être apprécié d'après ce que j'ai entendu raconter. Toute mon enfance a été rythmée par les travaux agricoles qui revenaient avec les saisons, comme les moissons, la récolte des noix et donc aussi les vendanges. C'était toujours des moments de convivialité où la famille et les voisins venaient se donner un coup de main qui serait rendu en temps voulu. Bien sûr avec les années tout cela me semblait plus une contrainte qu'un moment privilégié de partage: disons-le carrément, adolescente tout cela me « gavait » allègrement.

Mais voir mon père arracher ce qui lui restait de vigne, l'autre jour, cela m'a fait quelque chose. Je sais que c'est une décision plus que mûrement réfléchie et qu'il n'a que trop retardée, car ils sont âgés et le plaisir et la satisfaction qu'il tirait de ce qui était devenu une des principales occupations de sa longue retraite allait de pair avec la fatigue supportée par ma mère qui était responsable de la taille et d'une grande partie des soins prodigués à cette culture qu'elle avait fini par maudire. Pour ce qui est de la perte du seul vin que buvait mon père, et encore en si petite quantité, ce n'en est pas vraiment une car les cuves étant devenues démesurément grandes pour le peu de vin qu'il y mettait celui-ci avait fini par devenir une infâme piquette qu'il était le seul à pouvoir ingurgiter et que ma mère faisait passer régulièrement dans le vinaigrier. Et il peut toujours compter sur ses voisins pour lui fournir le peu de vin qui suffit à ses repas. Du moins tant que ses voisins , bien âgés eux aussi, continueront de faire du vin, ce qui ne durera pas éternellement.

C'est donc une résolution qu'il devait finir par prendre un jour ou l'autre mais s'il l'avait tant retardée c'est qu'avec la fin de cette vigne c'est tout un pan de l'histoire de sa famille, aussi modestes soient-elles cette famille et cette histoire, qui prend fin, des années de labeur à soigner cette vigne, et Dieu sait si le raisin demande vraiment beaucoup de soins et d'attentions, pour voir finalement tout cela s'évanouir, disparaître sans bruit mais avec sans doute de gros pincements aux cœurs.

Avec cette génération disparaîtra également le droit de faire un peu d'alcool, à condition de trouver encore quelque bouilleur de cru, qui disparaîtront eux aussi dans peu de temps faute de pouvoir céder leurs droits, et je me demande avec quelle gnôle immonde ou insipide nous seront obligés de faire notre Ratafia maison bien bio et artisanal comme on l'aimait.

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Commis par La Ségaline - dans Ma vie rurale
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commentaires

sirius 01/04/2010 08:53



Je te comprends; c'est une époque et un art de vivre qui disparaissent. Mais, par contre, je n'ai aucun regret concernant ces piquettes locales. Quand je suis arrivé à Veaugues, il y a 25 ans (eh
oui, le temps passe...), il y avait ça et là des vignes "de particuliers", en général des agriculteurs, mais pas forcément.


Elles produisaient un "gros rouge qui tache", âpre et violacé, et je devais faire un effort surhumain pour en boire une gorgée, histoire de ne pas vexer celui qui m'en offrait un verre dans un
geste d'amitié.


Ces vignes ont presque toutes été arrachées, et nos vignerons amateurs préfèrent passer un peu de temps devant leur ordinateur, à présent...



La Ségaline 01/04/2010 20:14



Certes c'était un infâme piquette mais qu'est-ce que ça représentait comme travail pour les gens en ce temps-là! Autant de dévouement, de patience et de travail pour un aussi médiocre
résultat, mais l'essentiel était ailleurs. C'est ça qui donne de la valeur à ces vignes, c'est tout.



Axel21 30/03/2010 18:27



J'ai connu, mot pour mot, ce que tu décris avec ma famille. Mon grand-père produisait une horrible piquette comme le disait Ferrat, seulement, hélas, elle n'a jamais fait de centenaires. Nous
buvions ce "vin" coupé d'eau (difficile de faire autrement). J'en ai encore quelques bouteilles, comme des reliques...



La Ségaline 31/03/2010 10:43



Nostalgie, quand tu nous tiens...



emmaelbe 30/03/2010 09:02


oui ces petites vignes, tous ces petits riens que nous laissons derrière nous, que d'histoires ont-ils à raconter ? le temps des vendanges, du cochon... on a perdu une qualité de vie pour une autre
bien virtuelle...
nicolas et carla se plaisent tant à new york il paraît..mais qu'ils y restent !!!
bonne journée sans doute sous la pluie aussi!


La Ségaline 31/03/2010 10:39



Je suis bien d'accord avec toi en ce qui concerne les Sarkozy... et pour le reste aussi hélas.



Pangloss 30/03/2010 08:18


On détruit le passé pour quel avenir?


La Ségaline 31/03/2010 10:42



Tu sais ce qu'on dit: "On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve". En l'occurrence on ne sait pas trop ce qui nous attend, mais sans verser dans la nostalgie excessive et vu que
tout n'était quand même pas rose dans le passé, il n'en reste pas moins qu'au fond de nous on demeure toujours attaché à un petit coin de notre ciel d'enfance, et on n'en prend conscience que des
années plus tard...parfois trop tard.


Amitiés du Ségala



Florentin 29/03/2010 23:53


Le temps passe et nous aussi ...


marijo 29/03/2010 23:49



C'est bien vrai que tout fou le camp doucement, on passe d'une époque à l'autre et les traces de notre passé s'éffacent. Il y avait du bon dans tout cela, mais notre société aujourd'hui nous
rends individualiste (télé, achat sur le net, la pizza livrée , etc) Ne ditons pas divisé pour mieux régner. Bonne soirée Ma petite ségaline.



Jean-François Vionnet 28/03/2010 17:11


Bof ! Une cocotte minute, un peu de cuivre, et quelque talent, tout le monde peut faire son alcool, sans budget important, à part l'odeur. Je me souviens quand j'habitais dans le Beaujolais, autre
pays de vignes, et d'alcool, l'odeur de l'alcool puissant, sans l'alambic ambulant qui se dégageait de certaines maisons. Il fallait être gendarme et avoir le nez bouché pour ne rien sentir.
Alors le ratafia toujours d'actualité !
Amitiés ardéchoises.


La Ségaline 30/03/2010 08:15


Tu as raison, ne nous laissons pas abattre par quelques détails.


laophi 27/03/2010 17:42


Même si cela t'a gavé, cela t'a aussi marqué et pas qu'en mal de la façon dont tu en parles. un mélange de soulagement et non pas regret mais souvenirs tenances. car malgré la dureté de la tâche je
suis sûr qu'au fond de toi et de tes parents, il y a quand même de merveilleux et grand smoments attachés à cette vigne.
Il n'y a que si on se retourne que lke passé est devant soi. Continuez tous votre route sans celle qui a été à la fois complice et bourreau.

Par contre ce que je ne comprends pas c'est  pourquoi arracher le cépage. Le lopin ne pouvait il être vendu avec une valeur accrue si les pieds étaient toujours là et entretenus ? A moins que
tes parents aient eu besoin de cet espace pour d'autres projets.

Quant aux bouilleurs de crus c'est un autre débat et cela ne veut pas dire que l'on ne pourra plus avoir son ratafia ou son marc mais en passant au tiroir caisse du fisc qui ne permet plus la
transmission du privilège d'être exonéré de taxe sur les 1000 premiers degrés d'alcool produit.

Le canard à la gnole ne va pas mourir, il va devenir plus cher sauf magouilles......


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