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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 14:14

J’évoquais il y a quelques jours ces énormes exploitations américaines où sont parquées des milliers de têtes de bétail, nourries aux antibiotiques et qui mourront sans avoir vu un brin d’herbe ni d'autre nature que la poussière sous le soleil. Voilà le modèle agricole américain dans toute sa splendeur. Et comme tout ce qui vient des USA, surtout le pire, il faut bien sûr que cela soit copié chez nous : MacDo, Halloween, tout ça c’était roupie de sansonnet car voici que nous avons désormais nous aussi en France notre ferme hyper moderne et productive. Ce que l’on appelle « la ferme des mille vaches » est entrée en activité assez discrètement courant septembre, et si j’y ai repensé c’est à cause du procès de ses opposants de la Confédération Paysanne qui s’est déroulé ces jours-ci.

Je ne gloserai pas sur l’action des opposants dont je désapprouve un peu les méthodes mais dont je soutiens totalement les intentions. Mais je pense qu’il faut rebaptiser cette « ferme » qui n’en est pas une, ce terme ne lui convenant absolument pas. Un fermier, un agriculteur, exploite une propriété et la cultive, en tire une production tout en respectant un minimum la nature, le terrain ou les animaux constituant son principal outil de travail. Ici il ne s’agit pas de cela, mais d’une simple entreprise avec ses salariés, vouée à faire des bénéfices, rien de plus. J’en veux pour preuve la dénomination attribuée à son dirigeant : dans un reportage sur cette « ferme » était interrogé celui qui dirige cette exploitation (au sens le moins positif du terme), sous son nom, que j’ai oublié, était inscrit « PATRON de la ferme ». Pas exploitant, ni chef d'exploitation, non patron, ça veut bien dire ce que ça veut dire. C’en est fini de l’agriculture paysanne, seule respectueuse de la terre et des animaux, vive l’esprit d’entreprise et les bénéfices à gogo.

Je me réjouis de ce que la géographie de ma région ne puisse abriter un jour un tel délire, mais à plus petite échelle on voit bien hélas de-ci de-là des grandes exploitations avec des troupeaux importants où tout est automatisé, et ça donne déjà envie de pleurer à certains de mes amis agriculteurs qui connaissent chacune de leurs vaches par leur petit nom.

Mais comme dit l’autre « ça c’était avant ». « Avant » c’était le temps de la noble paysannerie, celle qui finit de foutre le camp poussée dehors pas les banques et les investisseurs de tout poil. Celle qui est seule garante de la ruralité (oups, je crois que j’ai duit un gros mot !) parfaitement décrite dans cet excellent article de Rue 89.

 

http://blogs.rue89.nouvelobs.com/rural-rules/2014/10/22/la-fin-de-la-paysannerie-cest-ca-lavenir-mon-gars-faut-pas-rever-233676

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Commis par La Ségaline - dans Ça m'énerve!
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commentaires

fleurdelys46 23/11/2014 21:11


Le commentaire de Robert Marchenoir me stupéfie et me glace.


Ainsi, seule le rentabilité et le profit immédiat doivent entrer en considération, étant bien entendu qu'une exploitation agricole est une entreprise et qu'elle doit dégager des profits. Il
s'agit quand même de savoir aussi ce qu'on entend par aménagement du territoire.  Si l'on veut transformer notre pays façonné par plus de vingt-cinq siècles d'agriculture en un immense
espace industriel voué à la production de gigantesques quantités de bétail et de volailles rassemblés par milliers dans des usines concentrationnaires dont la maintenance impliquera la
disparition corrélative  de la plupart de la présence humaine dans les espaces ruraux dont l'aspect sera dégradé jusqu'à l'insupportable, il faut nous le dire franchement. En outre
l'argument tiré de la non-dispersion du fumier est absolument ridicule : s'il faut effectivement éviter la concentration des déjections animales, chacun sait que les cultures
traditionnelles  enrichies au fumier issu d'une exploitation raisonnable et raisonnée sont une façon extrêment naturelle de renouveler la richesse organique des sols.Et tout le reste n'est
que littérature.

Le Mousquetaire des Mots 04/11/2014 09:05


En aceptant la culture intensive et les pesticides, on avait déjà tué l'agriculture comme elle s'était toujours pratiquée. Cette ferme géante (plutôt une
bétaillère, un camp de concentration pour vaches laitières) n'est que la suite logique de tous les changements précédents. Le productivisme, il n'y a plus que cela. Eh oui, nous ne connaîtrons
plus le fermier pataugeant dans la gadoue ou la bouse avec seulement 5 à 10 vaches. Triste, j'en conviens, d'autant que je connais un de ces "cromagnons" depuis des années et qui mène une vie
rude, mais éprouve toujours autant de plaisir à vivre comme il le fait. Oui, malgré l'absence de chauffage l'hiver, malgré les sorties par tous les temps, et comme il le dit si bien lui-même :
"l'hiver, j'ai des rideaux de dentelle aux fenêtres" (autrement dit, du givre). Un excellent homme avec lequel nous nous entendons bien. J'espère qu'il n'est pas le "dernier des Mohicans" de
l'agriculture.

Agatheb2k 31/10/2014 14:20


qu'il est loin le temps où nous allions presque tous les soirs à la ferme, à l'heure de la traite, avec le pot à
lait qu'il ne fallait pas renverser au retour !


Ce bon lait que nous faisions bouillir directement (avec l'anti-monte lait) pour avoir le lendemain la crème que l'on ramassait à la cuillère et conservait soit pour la mettre sur la tartine soit
pour faire la pâte à tarte...

Robert Marchenoir 31/10/2014 03:40


Vous refusez donc aux agriculteurs le droit de "faire des bénéfices à gogo", mais je suppose que vous faites aussi partie des gens qui déplorent que les agriculteurs se suicident faute de revenus
suffisants.


 


Qu'est-ce que vous voulez, exactement ? On ne peut pas tout avoir et son contraire !


 


Je me demande dans quels autres pays arriérés que la France on s'indigne parce qu'un chef d'entreprise du bâtiment crée une exploitation agricole. En somme, pour avoir le droit de vivre de
l'agriculture, il faudrait être agriculteur de père en fils. A quels autres métiers comptez-vous appliquer cette consigne idiote ? Faudra-t-il, demain, prouver qu'on a un père médecin pour faire
des études de médecine ? Pensez-vous interdire à un chauffeur de camion de devenir plombier ? Qu'est-ce que c'est que ce corporatisme extrémiste, ce tribalisme exacerbé et ce conservatisme
délirant ?


 


Si vous vous étiez donné la peine de vous informer, vous auriez su que cette fameuse ferme des mille vaches est un regroupement d'éleveurs, d'authentiques agriculteurs comme vous les réclamez,
avec leur carte tricolore de paysan les pieds dans le fumier et tout et tout, qui se sont associés pour réunir leurs quotas laitiers, leurs vaches, et se donner la possibilité d'un profit
supplémentaire en recyclant les déjections de leurs animaux grâce à un méthanier qui produit de l'énergie.


 


C'est donc écologique (ça évite de répandre du fumier un peu partout), ça crée de l'énergie renouvelable, et ça améliore les revenus potentiels des agriculteurs ! Où est le problème, bon sang de
bonsoir ? Le bilan est 100 % positif !


 


Et heureusement qu'ils ont mis un chef d'entreprise à leur tête, car une exploitation agrciole, c'est une entreprise.


 


Une ferme, ce n'est pas un zoo. Ce n'est pas fait pour  que les gens de la ville (ou de la campagne) viennent voir les vaches. C'est fait pour produire et pour faire vivre les fermiers.

La Ségaline 31/10/2014 07:49



Loin de moi l'idée de refuser aux agriculteurs de faire des bénéfices, car je ne crois pas qu'ils puissent plus que quiconque vivre d'amour et d'eau fraîche. Quant aux agriculteurs qui se
suicident, pour en avoir connu je sais qu'ils ne font pas partie du même monde agricole que celui que vous semblez défendre et je trouve assez indécent de les mêler à ces propos.


Que le patron de cette ferme géante soit un ancien patron des TP ne me gêne en aucune façon, il eut bien pu être boulanger ou pétrolier que ce serait la même chose. Que cette ferme soit une
entreprise et nécessite un patron à sa tête rien de plus normal.


Ce que je déplore c'est ce que cette ferme représente: l'industrialisation de l'agriculture. Certes une exploitation agricole, quelle que soit sa taille reste une entreprise, mais
l'industrialisation du vivant me semble regrettable: toute proportions gardée c'est un peu la même chose que lorsque l'on contruit des maternités énormes véritables usines à naître où l'on vous
parle rentabilité. Je sais qu'ici il ne s'agit que de vaches, mais quand même on peut se poser des questions sur leur bien-être et donc la qualité de leur lait, considérant le nombre de bêtes à
l'hectare...


Pour ce qui est du traitement des déjections et leur valorisation,vous voudrez bien me pardonner d'avoir zappé ce point, j'en suis désolée, et si le bilan est 100% positif comme vous le dites
alors tant mieux. Néanmoins vous comprendrez que l'on puisse attendre plusieurs mois d'activité avant de pouvoir parler d'un quelconque bilan.


Au fianl ce que je regrette dans cette conception industrielle de l'agriculture c'est le fossé qu'elle va continuer de creuser entre les "petits" incapables de survivre (et c'est là que sont les
suicidés, pas ailleurs) et les gros les dévorant, et surtout avec eux leurs terres. Et c'est tout le tissu rural qui va en pâtir. Alors évidemment la ruralité ça ne veut sans doute plus dire
grand chose et je passe pour une vieille conne nostalgique mais comprenez que la perspective de voir ce milieu naturel disparaître au profit d'usines à vaches, cochons ou poulets ne
m'enthousiasme pas outre mesure. Je ne suis pas une adepte de la science-fiction mais lorsque nous n'aurons plus d'un côté que cette agriculture-là monopolisant la moindre parcelle et que nous
irons tous nous entasser, vivre et mourir dans les villes, je doute que nous y ayons gagné grand-chose.


 



Jean-François Vionnet 30/10/2014 18:16


Je crois avoir lu que ce patron a déjà sévi et réussi dans les travaux publics, c'est une excellente école pour l'élevage industriel. Quand j'étais enfant, il fallait un hectare pour une vache
qui produisait 10 l de lait par jour, les temps ont bien changé... et l'ensilage avec le maïs qui utilise toute l'eau dans les régions pauvres, au profit de qui ?

Pangloss 30/10/2014 10:03


Il faut venir en Beauce et "admirer" ces immenses champs où l'on cultive industriellement blé, colza, maïs etc, Leurs propriétaires parlent eux aussi de "ruralité", prétexte bien utile pour
défendre leur droit à polluer (pesticides qui tuent les insectes pollinisateurs, nitrates et autres saloperies qui polluent les nappes phréatiques au point qu'il m'est arrivé de voir à la mairie
un avis déconseillant l'eau du robinet aux enfants, aux femmes enceintes, aux vieillards et aux personnes fragiles).


Le paysan d'antan ne protégeait pas tant la nature que l'on voulait le faire croire. Le plus souvent il la combattait sans pitié.

fleurdelys46 29/10/2014 18:45


Nos commentaires se rejoignent et je partage totalement vos sentiments.


je suis plus circonspect que vous : je ne suis pas certain que la géographie du Haut-Quercy nous protège de ces aberrations. La communaité de communes de Latronquière est en train d'essayer une
implantation démente d'éoliennes (cherchez les conflits d'intérêts entre collectivités publiques et élus qui louent leurs propres terrains contre de juteux revenus pour ériger ces machines
infernales )...


Tout ça est à hurler. Rien que de la politique à courte vue pour une rentabilité immédiate. Et la nature : tout le monde s'en fout ! Ce qui compte c'est les sous, l'emploi etc, etc...

sirius 29/10/2014 15:14


"Je me réjouis de ce que la géographie de ma
région ne puisse abriter un jour un tel délire". Ne parle pas trop vite. En Allemagne, ils ont rasé des villages pour ouvrir des mines de lignite à ciel ouvert; au Canada, ils ont fait de
même avec des montagnes...

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