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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 07:58

 

Le Chat de Philippe Geluck

 

 

Comme promis, voici un autre extrait de Nos vies de cons, de Fioretto. Je suis sûre qu’il parlera à plusieurs de mes lecteurs qui ont touché de près ou de loin à l’enseignement (ils se reconnaîtront). Personnellement pour avoir fréquenté l’Éducation Nationale, je dois dire que je trouve ce passage assez savoureux.

Attention toutefois, comme tout ce qui m’enchante, c’est très très second degré.

 

Il s’est fait maître

 

Au fil des réformes trimestrielles de l’Éducation Nationale, l’instit s’est successivement appelé « instituteur », « professeur des écoles », puis plus récemment « enculé de sa race ». N’ayant jamais trouvé la sortie de l’école, l’instit ne connaît de la vie que les classes surchauffées où flotte une odeur d’enfants propres, décorées de dessins gondolées à la gouache. Il n’a donc qu’une vague idée du monde du dehors qu’il n’entrevoit qu’à travers les fenêtres embuées de sa classe trop nombreuse et sait à peine qui est Kylie Minogue. C’est d’ailleurs pourquoi la plupart des instits votent encore à gauche et sont rigoureusement incapables d’exécuter la moindre figure de Tecktonik. Autre signe d’indécrottable ringardise, l’instit s’échine à former les gamins au monde tel qu’il devrait être au lieu de les préparer à la concurrence libre et non faussée qui les attend à l’extérieur et au tournant. Pire, pour sauver des élèves turbulents de la délinquance – au nom de valeurs qui sentent l’ardoise rance, la craie humide et l’éponge moisie –, il gaspille l’argent public en pâte à modeler. Sa légendaire paresse, qui lui est si souvent reprochée par les rentiers du CAC, ne résiste pourtant pas à une étude objective. Des sociologues ont récemment démontré que l’instit assure à lui tout seul, du haut de son petit bureau en bois, le boulot de 10 flics et de 20 parents divorcés. Sans oublier ses activités annexes d’enseignant, éducateur, animateur, psychologue, entraîneur, assistante sociale, tuteur, infirmière... S’il est vrai qu’il touche en un mois ce que touche un footballeur en prenant sa douche, l’instit se rattrape avec ses vacances scandaleusement longues qui n’ont rien à envier à nos animateurs télé. Et quand il travaille enfin, le gros de son activité consiste à commander les bouquins de l’École des Loisirs, à recompter ses gommettes et à préparer la prochaine classe nature (ce qui lui fera une semaine de vacances supplémentaire à la campagne). Dès qu’il en a marre de se faire bastonner par les parents d’élève ou qu’on mette le feu à sa voiture ou à son expo sur les rapaces, l’instit part en dépression carabinée dans une luxueuse maison de repos. À son retour, bourré de verveine, il annonce à son inspecteur d’académie qu’il se sent de nouveau prêt à enseigner l’écriture et la poésie à des petits cons décérébrés (que n’importe qui de normal aurait envie d’étrangler au bout de dix minutes). C’est la preuve qu’il est loin d’être guéri et qu’il va bientôt repartir plomber les comptes de la Sécu.

 

Signe particulier : l’instit passe sa vie à chercher une rallonge. Il peut s’agir d’une rallonge électrique, pour projeter des diapos sur les volcans ou d’une rallonge budgétaire pour permettre à Mourad et Kimberly d’aller à la cantine avec leurs camarades. Quand je pense à ce que mes instits ont fait de moi, fils de prolo qui ne demandait qu’à travailler à la mine, j’ai des renvois de gratitude. C’est dire s’ils ont réussi leur travail de sape intellectuelle.

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Commis par La Ségaline - dans Cabinet de lecture
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commentaires

JPB 10/12/2013 00:09


je vais acheter ce bouquin...

juliette 05/12/2013 01:12


, zut, mon com s'est encore envolé..Comment ça se fait-il ?

La Ségaline 05/12/2013 09:43



Eh bien moi non plus je n'ai pas réussi à mettre un commentaire sur un de tes articles! C'est ça la nouvelle version d'OB, ben je ne suis pas pressée d'y passer!



sylvie 13/10/2013 23:48


Ce serait super de bien vouloir développer un peu plus les métaphores.... enfin si orange vous autorise ..... 

Fleurdelys46 13/10/2013 21:27


Hyper énervant : je viens d'écrire un commentaire et tout à coup, merci Orange, coupure du service, et tout est perdu et à recommencer : génial !


Je ne me décourage pas et je recommence !


Je disais donc que je trouve excellente cette description de l'"instit.".


Je suis issu d'une lignée d'enseignants (plusieurs générations en ligne directe et collatérale). Je connais donc très bien ce monde dont mon propre père faisait partie, comme mon grand-père, ma
grand-tante, mes oncles et certains de mes cousins ainsi que mon épouse... J'ai choisi une autre voie et j'ai bien fait !


Le "mammouth" qu'il faudrait plutôt nommer le "diplodocus" est arrivé à sa phase d'exctinction me semble-t-il. Le gigantisme condamne toutes les entités qui l'incarnent : cela se vérifie en
astronomie comme en biologie.


Ne nous leurrons pas : l'éducation n'est pas une tâche régalienne incombant à l'Etat, même si celui-ci doit avoir l'oeil sur la façon dont elle est dispensée. Ce n'est donc pas à l'Etat de
l'assurer, et cet accaparement n'est que le résultat d'une opportunité politique saisie par la IIIème république naissante pour combattre le catholicisme. Aujourd'hui la république est en train
d'étouffer lentement sous la masse de sa proie, telle un boa qui aurait entrepris de dévorer un boeuf... Nous assistons aux derniers soubresauts de la bête. Cela prendra encore du temps car
l'hydre est résistante, mais enfin viendra le jour où elle expirera, et cette certitude est réjouissante car l'inéluctable est désormais visible.


 

La Ségaline 14/10/2013 09:02



En tant qu'élève et en tant qu'enseignante j'ai pu expérimenter les deux systèmes: le public et le privé. Il y a des bonnes choses dans les deux et sans doute il n'existe pas de solution idéale.
Si j'ai cependant une conviction c'est qu'il faut que les parents puissent avoir le choix entre une école publique et une école privée dans laquelle évidemment l'État doit avoir un droit de
regard et où l'enseignement religieux doit rester une ouverture culturelle et non dévier vers le prosélytisme. Laisser le système éducatif au privé c'est condamner une partie de plus en plus
importante de la population à une éducation au rabais ce qui va à l'encontre selon moi de la mission d'une vraie République.


Je parle ici de savoirs et d'enseignement, l'éducation pour moi étant dévolue à la famille et ne constituant pas une mission de service public, c'est pourtant un des problèmes du système actuel,
mais c'est un autre débat.



sylvie 07/10/2013 14:51


C'est méchant mais vraiment rigolo !!....

La Ségaline 08/10/2013 13:32



Mais non ce n'est pas vraiment méchant, il y a de l'ironie et je trouve de la tendresse.



Florentin 05/10/2013 20:46


J'ai été instit pendant une quinzaine d'années. J'ai le sentiment d'avoir, avec mes collègues d'alors, été parfois pris pou un con. C'est si facile de se moquer des travers de ces fameux instits.
Mais j'ai l'impression, non, la certitude, d'avoir rendu service. Ce que chacun est devenu, on le doit quelque part à l'école, je crois. Ceci dit, j'apprécie le sel  de ce texte à l'ironie
pas si malveillante que cela.

La Ségaline 07/10/2013 09:28



Je savais que ça te plairait...



Axel 21 05/10/2013 18:09


C'est sûr que l'élevage de blaireaux est plus difficile que le dressage d'éléphant, comme la peinture à l'huile, mais c'est bien plus beau...

Pangloss 05/10/2013 17:31


Excellent, bien sûr.

Sirius 05/10/2013 11:00


Excellent! Même si je ne regrette en rien les séances de torture que m'infligeaient mes maîtresses (les instits, c'est dans l'école publique...) avec l'écriture
cursive, je me suis régalé avec cette hélas réalistissime chronique!

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