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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:42

 

J'ai entamé il y a quelques jours une nouvelle carrière, éphémère encore, celle d'agent recenseur : en effet la population teyssiolaise(car c'est ainsi qu'on appelle les habitants de Teyssieu) doit être recensée cette année, et j'ai été contactée par la mairie pour effectuer cette très officielle et néanmoins intéressante tâche. Avant d'effectuer le recensement de la population elle-même il a d'abord fallu faire une enquête préliminaire afin de relever toutes les adresses de la commune pour n'oublier personne. C'est ainsi que je me suis trouvée jetée sur les routes avec mes cartes de secteurs, mes copies de cadastre et mes listes de lieux-dits, certains dont je n'avais jamais entendu parler, ou bien que je connaissais sous un autre nom. J'ai commencé par un mercredi pluvieux : j'ai mouillé tous mes papiers, mais ils sont restés lisibles, j'ai ruiné une paire de bottes (pas prévoyante du tout l'agent recenseur : j'aurais dû opter pour des bottes en caoutchouc, bien plus adéquates en milieu rural humide) et ma voiture à la fin de la journée avait changé de couleur, du bas de caisse jusqu'aux rétroviseurs. Enfin j'ai tout de même découvert des coins de la commune dans lesquels je ne me serais jamais aventurée de ma vie sans ce prétexte, d'ailleurs j'en ai fait la remarque à la secrétaire de mairie qui se trouve être ma coordonnatrice communale (elle me chapeaute quoi, elle-même étant coiffée par son superviseur) dans un mail que je lui ai adressé et dans lequel je lui disais que j'avais survécu à un voyage au bout du monde, c'est-à-dire à La Sole et au Moulin de Paillargue, ce à quoi elle m'a répondu non sans humour que je serai dédommagée de mes frais de carburant mais qu'en aucun cas les billets d'avion pour le bout du monde n'étaient pris en charge par la commune...

Et pourtant, c'est peu dire que je suis allée dans des coins paumés. Mais il y a paumé et paumé. Vivre isolé sans voisins au milieu des châtaigniers ou au sommet d'une colline d'où le regard embrasse les collines avoisinantes et se perd à l'horizon, ça a de quoi combler les amateurs de solitude et de contemplation. Mais vivre en reclus au fond d'une vallée qui ne voit presque jamais le soleil, être obligé lorsque on veut rejoindre la civilisation de faire des kilomètres d'une route incertaine, franchement, ça fait réfléchir. Bon ne noircissons pas le tableau, ce n'est quand même pas l'enfer. N'empêche qu'il y a des moments où je me suis demandée quand j'allais arriver, si j'allais même finir par arriver d'ailleurs, et surtout si la route était carrossable jusqu'au bout. Imaginez-vous prendre une route s'enfonçant sous les arbres et qui descend inexorablement, tournant et virant sans cesse, vers le fond de la vallée, au fur et à mesure de votre voyage vous voyez le goudron céder insensiblement sa place aux cailloux, la route qui devient de plus en plus un chemin laisse deviner ça et là des plaques de terre d'où même les cailloux finissent par disparaître, et comme la nature est la plus forte elle réussit à imposer un peu de végétation entre les traces du passage de la dernière voiture (il y a deux, trois mois ?). Le côté rassurant de la chose c'est que vous êtes sûrs d'être sur la bonne route... car il n'y en a aucune autre. Là où l'agent recenseur commence à avoir des sueurs c'est quand elle aperçoit enfin la maison qui est marquée sur le plan, mais qu'elle s'aperçoit aussi que c'est tellement étroit qu'elle ne pourra jamais faire demi-tour avec sa voiture : hé oui car gourde comme elle est, au lieu de prendre le 4x4 de son mari elle a préféré prendre la grosse bétaillère à 7 places, tout ça parce qu'elle n'aime pas les CD qui sont dans le 4x4 ! La perspective de refaire deux kilomètres, qui en ont paru dix, en marche arrière n'est pas franchement réjouissante à ce moment-là du périple, je vous l'accorde, même pour les plus tordus.

Évidemment ces maisons ne sont en général que des résidences secondaires, et elles m'ont paru d'autant plus tristes pour certaines, que je les ai découvertes sous la pluie. Les gens du coin vous diront qu'il faut y être né pour pouvoir y vivre...Mais même ceux qui y sont né sont partis ! Ne restent que les Anglais et les Hollandais, visiblement de grands solitaires quoique forts sympathiques et pas du tout asociaux. Ceci dit j'ai découvert une résidence secondaire magnifique, pourtant au fond d'une vallée noyée dans la forêt elle aussi puisqu'il s'agit d'un moulin, une belle demeure qui malgré le temps des plus chagrins m'a parue très plaisante, avec son petit parc et son étang ; c'était mon jour de chance car le propriétaire des lieux était là, lui qui m'a dit n'y passer que quelques jours par an, et il a semblé très étonné lorsque je lui ai demandé pourquoi... Ces Parisiens alors, jamais contents...

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commentaires

Nouchkaya 22/01/2011 20:41



Il n'y a que ceux qui vivent au fin fond de la campagne qui peuvent comprendre ce que tu écris...Pour les autres il doit sembler être dans une dimension parallèle!!!hihihihi



Heyoka 21/01/2011 18:00



J'avoue, j'ai honte, j'ai fait la morte pour le recencement toute parano que je suis.... heureusement.  J'ose l'avouer, car je suis loin de ton fief !



Florentin 19/01/2011 23:23



L'aventure, c'est l'aventure ! Je t'envie un peu. Je crois que tu vas vivre des choses originales, rencontrer de drôles de personnages, faire ton profit d'échanges fructueux, sortir d'un
quotidien trop quotidien. Amuse-toi bien !  



Jean-François Vionnet 19/01/2011 22:17



Tout ce que tu dis sur tes aventures de recensement, me font souvenir d'une soirée à Séverac le Château, où je couchais pour la nuit. Tout établissement étant fermé, nous avons pris la route pour
nous désaltérer, et oui, jeunesse oblige, et nous avons suivi les panneaux qui indiquaient en gros "Les Fonds". Et nous sommes arrivés au fin fond de l'Aveyron, tout noir, et sans aucune âme.
Souvenirs, souvenirs.


Amitiés quand même de l'Ardeche, qui vaut bien ton coin pour les ballades où il n'y a pas grand monde non plus.



griounette 19/01/2011 17:40



j'ai fait trois fois le recensement dans ma ville natale, chef lieu du cantal, j'ai été surprise d'y trouver des appartements immenses et magnifiques dans des petites ruelles étroites et je
n'aurai jamais imaginé cela, mais à côté j'ai trouvé presque des squats à l'époque.années 80...et hors centre, j'ai réussi à recenser une belle petite maison qui était habité par des poules..je
me suis régalée de rencontrer des personnes..qui avaient beaucoup à raconter..passé le moment d'inquiétude ou d'anxieté au vu de la carte tricolore..tu vas vivre des moments et des rencontres
uniques et je parie que tu vas nous faire de sacrés articles...bonne soirée et bisous



Axel21 19/01/2011 16:56



Si jamais tu t'as trompé, y te restera plus que Tessyeu pour pleurer...



espalieu 19/01/2011 13:10



Bonjour


Il serait intéressant de savoir qui sont ces Teyssolais en question (jamais entendu parler...),à quoi ressemble t-ils  et où se trouve cette région qui en apparence ne sent pas la
civilisation. Pour ce que j'ens sais, les habitants de ma commune sont des Teyssadais qui vivent en harmonie avec l'authenticité de leur village loin de la ville certes, même sans y être né pour
certains.



La Ségaline 19/01/2011 20:57



Ah les noms d'habitants, souvent prétexte de querelles entre linguistes ou entre les habitants eux-mêmes! Je n'ai quant à moi jamais entendu parler des Teyssadais...et nous en sommes pourtant
l'un et l'autre. Qu'importe le mot  qu'on emploie, qu'on soit Teyssadais ou Teyssiolais, l'essentiel est de bien vivre ensemble, ce qui je crois est le cas dans notre joli petit village. Que
l'on soit natif ou pas du coin, et que l'on aime vivre en ermite ou pas. Et pour ce qui est de sentir la civilisation, si on vit un peu reculé ce n'est peut-être pas une mauvaise chose...surtout
quand on voit l'état de ladite civilisation. À bientôt cher voisin...et futur recensé.



Pangloss 19/01/2011 09:44



C'est certainement très utile, les recensements. Mais ça me met mal à l'aise de penser que je suis compté comme le bétail d'un troupeau.



Gwen 18/01/2011 21:52



L'année 2011 commence bien dans le Segala ! Agent recenseur, belle mission, et c'est une secrétaire de mairie qui parle ! (On a de l'humour dans les mairies, hein, quand même !)



Axel21 18/01/2011 19:05



Je me demande une seule chose, "Est-ce que ton superviseur possède la moitié de ton talent?"



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