Écrire en attaché et être attaché à l'écriture
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Je viens de lire un article édifiant sur l’abandon programmé dans les écoles américaines de l’écriture cursive, « en attaché » si vous préférez. Et alors me direz-vous, on se fiche un peu de savoir comment les petits Américains peuvent bien écrire leur rédactions ou comment leurs parents notent une liste de courses. Oui sauf que évidemment grâce ou plutôt à cause de cette p... de mondialisation qui fourre son nez partout, on voit déjà se dessiner une tendance identique en Europe et en France où cette écriture cursive commence à être remise en question par les têtes pensantes (enfin si peu) de l’Éducation Nationale (cf article ICI).
Pour en revenir aux Américains il faut dire que l’enseignement de l’écriture cursive de débute que tard dans leur scolarité, au stade équivalent de notre CE2, alors que l’écriture est déjà normalement acquise, or cet apprentissage se fait en script. Imaginez des enfants qui ont appris à écrire en lettres d’imprimerie et qui du jour au lendemain doivent se conformer à une autre écriture qui est donc loin de leur être naturelle, il y a effectivement de quoi être déstabilisé. D’ailleurs, parvenus à un niveau supérieur d’études, les élèves se remettent rapidement au script qui est jugé plus rapide et plus lisible. Alors me direz-vous pourquoi ce passage obligé mais finalement provisoire par la cursive pour les petits Américains ? Je vous laisse approfondir la question car là n’est pas mon propos aujourd’hui.
En effet cet article m’a renvoyé à mon rapport personnel à l’écriture et m’a donné une furieuse envie de reprendre mon stylo pour aller noircir quelques pages de mon journal que j’ai délaissé depuis bien trop longtemps.
Et pour en revenir à cet article, au-delà du problème américano-américain, il permet de s’interroger sur les particularités de cette écriture et sur sa raison d’être. Pourquoi en France par exemple est-on si attaché à l’apprentissage de cette écriture ? Pourquoi insister durant les premières années sur le tracé si délicat de ces arrondis, de ces lettres bien calibrées sur la page, ni trop hautes ni trop écrasées, ces courbes et ces déliés si bien normalisés qui au final deviennent si particuliers à chaque élève, à chaque « écrivant » ? Une des réponses est que cet apprentissage est tout simplement une des premières occasions pour l’enfant de se frotter à la création artistique. Ce n’est pas pour rien que dans les cahiers de maternelle des enfants l’écriture fait partie de la rubrique « graphisme ». Une belle écriture c’est déjà sensibiliser les enfants à une certaine esthétique, et pour cela cet apprentissage ne peut être qu’utile voire indispensable. Malheureusement il est à craindre que le souci permanent (et bien souvent contre-productif) de copier aveuglément les Américains ne finisse par mettre à mal cette particularité de notre enseignement. Ah comme le monde sera parfait lorsque nous écrirons tous de la même façon : lisible, efficace, rapide... et sans aucune personnalité.
Au- delà de cette réflexion, l’article m’a permis aussi de m’interroger sur mon rapport à l’écriture manuscrite et à son pendant moderne : la frappe au clavier. Au fur et à mesure des lectures de commentaires déposés sur différents articles en lien avec le sujet (dont celui-ci LÀ) on s’aperçoit qu’il y a d’un côté les partisans du clavier et ceux de l’écriture manuscrite. Je ne crois pas qu’il faille avoir une vision si manichéenne des choses. Pour les adeptes du clavier, cette pratique leur a souvent permis de pallier une écriture illisible, ou trop lente, ils sont généralement férus de nouvelles technologies et des nouveaux modes de communications, mais leur pratique constante du clavier ne les oblige pas pour autant à rédiger en SMS : ce n’est pas parce qu’on écrit de façon « moderne » que l’on en abandonne toute qualité littéraire, heureusement. Au nombre des grands avantages du traitement de texte il faut bien reconnaître le côté pratique qui permet de déplacer un paragraphe, de nettoyer un texte de toutes les scories physiques (outre les fautes d’orthographe, de syntaxe ou de grammaire qui sont un autre sujet) que sont des ratures ou des surcharges. Eh oui il faut bien avouer qu’un tapuscrit a quelque chose de plus élégant et lisible qu’un texte écrit à la main, voilà pourquoi selon moi le clavier est parfait pour tous les écrits professionnels ou administratifs. Les partisans de la plume ou du stylo quant à eux arguent que l’écriture manuscrite justement du fait de cette contrainte, éviter au maximum les ratures et les erreurs, oblige la pensée à anticiper, à mieux réfléchir avant de coucher ses mots sur le papier, sous peine de devoir tout recommencer : là où il suffit de presser une touche du clavier pour effacer un mot ou un paragraphe, il faut soit effacer, soit raturer ou pire étaler une affreuse couche de « blanco » pour se corriger. Écrire à la main oblige à la réflexion et par là même induit une certaine lenteur de la pensée, un travail plus approfondi du cerveau pour aboutir exactement à ce qui sera écrit sans devoir être corrigé. Or la lenteur, la réflexion approfondie, je ne crois pas que ce soit des atouts dans un monde qui ne souhaite qu’aller toujours plus vite. Voilà sans doute pourquoi les partisans de l’écriture manuscrites se qualifient eux-mêmes de « vieux cons ».
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de trancher. Personnellement je me partage entre les deux pratiques sans difficultés. Mon travail d’écrivain public et de rédactrice m’oblige à travailler sur traitement de texte, c’est un fait, mais il m’arrive également d’utiliser l’ordinateur à des fins personnelles pour communiquer par mail avec des proches et bien entendu pour rédiger ce blog. Mais il ne me viendrait jamais à l’esprit d’écrire une lettre à un ami avec mon clavier. Et alors les ratures, les pâtés me direz-vous ? Eh bien j’ai trouvé la parade : je fais un brouillon au clavier sur lequel je peux tout à loisir effacer, déplacer, compléter avant de recopier ce que j’ai créé à l’écran sur un joli papier de ma plus belle écriture « à l’ancienne ». J’ai toujours préféré les compromis à l’exclusion.
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