Les morts mystérieuses de l’histoire, du Docteur Cabanès
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C’est peu de dire que mes lectures sont éclectiques en ce moment : après avoir bien ri avec Nos vies de cons de Pascal Fiorretto, j’ai entamé un livre étonnant qui relate les différentes morts sinon énigmatiques du moins parfois confuses de certains grands noms de l’histoire de France. Par « mystérieuses » il ne faut pas s’attendre à des révélations percutantes du point de vue du décès lui-même : pas d’enlèvement par des extra-terrestres déguisé en banal accident, pas de suicide maquillé non plus. Non, les mystères que souhaite lever l’auteur sont tout simplement d’ordre médical. Augustin Cabanès, médecin et chercheur, passionné d’histoire a voulu dès ses premiers ouvrages allier science et histoire, et comme il est en outre assez bon écrivain, cela donne des récits étonnamment passionnants et « lisibles » malgré le poids de détails médicaux donnés.
Au vu des éléments connus de tous, et à l’aide parfois de quelques documents inédits ou méconnus, le Dr Cabanès procède à un examen des derniers instants des rois, reines et princes de France et livre son propre diagnostic, corroborant les conclusions des médecins de l’époque ou au contraire les contredisant et imposant une nouvelle explication, à la lumière des connaissances de ce XXe siècle naissant (l’ouvrage date de 1901).
Passionnant en tous points, que ce soit du point de vue du fond comme du style, cet ouvrage nous présente les grands de ce monde, de Charlemagne à Napoléon III, comme ce qu’ils sont vraiment : de simples mortels. Et quelles morts ! En lisant les comptes rendus des médecins et le récit de Cabanès, on se réjouit de la découverte des antalgiques et des antibiotiques ! Gangrène, putréfaction des chairs, boursouflures, abcès et infections en tout genre, être malade en ce temps-là ce n’était pas une sinécure. Et que dire des remèdes qui étaient parfois pire que le mal, la fameuse saignée n’étant qu’une partie de plaisir. La lecture des procès-verbaux des autopsies de tous ces grands personnages met sacrément à mal la monarchie de droit divin : ouverts et découpés, même avec le plus profond respect par les chirurgiens, les corps de ces parfois dieux vivants sur terre sont remis à leur place. En marge de ces relations, le Dr Cabanès ajoute parfois quelques anecdotes comme les pérégrinations du cœur de celui qui serait devenu Louis XVII s’il avait vécu, ou du moins du corps que l’on a présenté comme tel (substitué en prison au vrai fils de Louis XVI, évadé de la prison) : subtilisé par un des chirurgiens ayant pratiqué l’autopsie, puis dérobé à celui-ci, retrouvé, cédé, rendu...
Il m’a fallu à peine deux semaines pour avaler ces deux tomes (en poche). Et comme je suis dans une période « j’aurais dû mieux écouter les cours d’histoire au lycée » voici ce qui m’attend sur ma table de chevet : Les hémorroïdes de Napoléon et Les testicules de Jeanne d’Arc. Tout un programme.
